dimanche 6 septembre 2020

Où donc est le bonheur ?

 Sed satis est jam posse mori.

Mais c'est déjà assez d'être mortel.
Lucain

Où donc est le bonheur ? disais-je. — Infortuné !
Le bonheur, ô mon Dieu, vous me l'avez donné.

Naître, et ne pas savoir que l'enfance éphémère,
Ruisseau de lait qui fuit sans une goutte amère,
Est l'âge du bonheur, et le plus beau moment
Que l'homme, ombre qui passe, ait sous le firmament !

Plus tard, aimer, — garder dans son cœur de jeune homme
Un nom mystérieux que jamais on ne nomme,
Glisser un mot furtif dans une tendre main,
Aspirer aux douceurs d'un ineffable hymen,
Envier l'eau qui fuit, le nuage qui vole,
Sentir son cœur se fondre au son d'une parole,
Connaître un pas qu'on aime et que jaloux on suit,
Rêver le jour, brûler et se tordre la nuit,
Pleurer surtout cet âge où sommeillent les âmes,
Toujours souffrir ; parmi tous les regards de femmes,
Tous les buissons d'avril, les feux du ciel vermeil,
Ne chercher qu'un regard, qu'une fleur, qu'un soleil !

Puis effeuiller en hâte et d'une main jalouse
Les boutons d'orangers sur le front de l'épouse ;
Tout sentir, être heureux, et pourtant, insensé !
Se tourner presque en pleurs vers le malheur passé ;
Voir aux feux de midi, sans espoir qu'il renaisse,
Se faner son printemps, son matin, sa jeunesse,
Perdre l'illusion, l'espérance, et sentir
Qu'on vieillit au fardeau croissant du repentir !
Effacer de son front des taches et des rides ;
S'éprendre d'art, de vers, de voyages arides,
De cieux lointains, de mers où s'égarent nos pas ;
Redemander cet âge où l'on ne dormait pas ;
Se dire qu'on était bien malheureux, bien triste,
Bien fou, que maintenant on respire, on existe,
Et, plus vieux de dix ans, s'enfermer tout un jour
Pour relire avec pleurs quelques lettres d'amour !

Vieillir enfin, vieillir ! comme des fleurs fanées
Voir blanchir nos cheveux et tomber nos années,
Rappeler notre enfance et nos beaux jours flétris,
Boire le reste amer de ces parfums aigris,
Être sage, et railler l'amant et le poète,
Et, lorsque nous touchons à la tombe muette,
Suivre en les rappelant d'un œil mouillé de pleurs
Nos enfants qui déjà sont tournés vers les leurs !

Ainsi l'homme, ô mon Dieu ! marche toujours plus sombre
Du berceau qui rayonne au sépulcre plein d'ombre.
C'est donc avoir vécu ! c'est donc avoir été !
Dans la joie et l'amour et la félicité
C'est avoir eu sa part ! et se plaindre est folie.
Voilà de quel nectar la coupe était remplie !

Hélas ! naître pour vivre en désirant la mort !
Grandir en regrettant l'enfance où le cœur dort,
Vieillir en regrettant la jeunesse ravie,
Mourir en regrettant la vieillesse et la vie !

Où donc est le bonheur, disais-je ? — Infortuné !
Le bonheur, ô mon Dieu, vous me l'avez donné !

lundi 20 avril 2020

Cours historique du pétrole et conséquences désastreuses

Demande en berne à cause des transports individuels et collectifs à l'arrêt (COVID-19) et de l'arrivée des beaux jours dans l'hémisphère nord + production toujours trop élevées par rapport à la demande malgré les accords des 3 plus gros producteurs (accords qui ne peuvent pas entrer en vigueur instantanément) + capacité de stockage saturée = -38$ le baril WTI. Oui MOINS 38$

Les producteurs de pétrole payent leurs clients pour qu'ils acceptent leur brut. Mais qu'en feraient-ils? Techniquement ce sont plutôt les négociateurs qui doivent solder leurs positions avant la clôture du contrat à terme du 21 Avril. Sans fermetures massives et rapides de puits, on devrait voir ces cours au plus bas encore quelques semaines. 

Source: prixdubaril.com


Arrêter un forage est beaucoup plus complexe que fermer un robinet. Une fermeture de puits n'est quasiment jamais temporaire, mais définitive, donc très coûteuse.

Paradoxalement, cela signifie aussi un jour noir pour l'environnement car certains producteurs préféreront brûler leur pétrole, d'autres vont remplir des bassins naturels et le coût des énergies renouvelables devient moins intéressants pour tous les états peu scrupuleux. Même le charbon devient trop cher...

Pour peu que Trump demande aux compagnies aériennes de faire tourner les avions à vide car le bon pétrole américain est propre, on va assister à un délire de tweet du même acabit. Vous comprenez pourquoi, au delà de ses intérêts hôteliers directs, il tient tant à ce que l'économie redémarre rapidement sans considération pour la santé de ses concitoyens. Pas pour leur bénéfice, mais pour éviter de perdre in fine ses soutiens financiers et électoraux du milieu pétrolier et des charbons. Au peuple, il racontera ce qu'il a envie d'entendre. En attendant les élections de Novembre, la prochaine étape est la prise de contrôle du congrès pour faire passer des décrets iniques et encore plus désastreux dans le but de sauver son principal supporter. Et ensuite? Le contexte et la méthode de division de Trump sont propices à une guerre civile aux USA. Puis la Chine et la Russie avanceront leurs pions avec l'envahissement certain de Taïwan et l'annexion probable de l'Ukraine. Si la guerre civile dure un an, je suis même prêt à parier sur le retournement d'anciens alliés Américains comme l'Arabie Saoudite passant sous le sponsor Russe (il leur sera aisé de montrer que les USA ne sont plus fiables du tout). Pendant ce temps, l'Europe devra faire face à une montée exceptionnelle des nationalismes qui prendront la déchéance du monde pour exacerber les peurs et les rancœurs.
Bonne nuit les petits...